(1906-1968)
YVONNE MOTTET
Yvonne Mottet — Une voix singulière de la peinture française du XXe siècle
Yvonne Mottet appartient à cette génération de peintres qui, dans la France de l’après-guerre, défendit avec conviction la place de la peinture figurative face à l’essor de l’abstraction. Membre de la Jeune Peinture et de l’École de Paris, elle développe une œuvre profondément personnelle, portée par une couleur libre, une matière expressive et un regard attentif aux figures humaines, aux portraits et aux scènes de la vie moderne.
Compagne et collaboratrice du peintre Bernard Lorjou, elle partage avec lui une même volonté de réaffirmer la force et la modernité de la figuration. Leur rencontre, en 1927, dans l’atelier de dessin des Soieries Ducharne à Paris, marque le début d’un parcours commun. Après avoir travaillé pour la haute couture, ils se consacrent pleinement à la peinture et rencontrent notamment le grand marchand Georges Wildenstein, par l’intermédiaire de la collectionneuse Domenica Walter. Leurs œuvres rejoignent également des collections prestigieuses, parmi lesquelles celle de la duchesse de Windsor.
Après la Seconde Guerre mondiale, Yvonne Mottet participe aux côtés de Lorjou au mouvement « L’Homme Témoin », aux côtés notamment de Jean Bouret, Bernard Buffet, Paul Rebeyrolle, André Minaux, Simone Dat et Michel de Gallard. Le groupe défend une peinture figurative profondément humaine, à une époque où l’abstraction occupe une place croissante dans la scène artistique française.
Son œuvre entretient un dialogue avec les grands maîtres de la modernité. L’influence de Cézanne et de Van Gogh se ressent dans la construction et la puissance expressive de sa peinture, tandis que son travail sur les formes témoigne d’une proximité avec certaines recherches du cubisme de Picasso. À partir du milieu des années 1950, la couleur s’affirme davantage encore, devenant l’un des éléments essentiels de son langage pictural.
En 1953, Yvonne Mottet reçoit le Prix de la Critique, ex æquo avec Gaston Sébire, consacrant une reconnaissance importante de son travail de son vivant. Elle disparaît prématurément en 1968, à l’âge de 62 ans, laissant derrière elle une œuvre construite, cohérente et d’une grande force picturale.
Cette reconnaissance institutionnelle se prolonge aujourd’hui dans les collections publiques : une œuvre d’Yvonne Mottet, Poisson (1956), appartient aux collections du Musée national d’art moderne – Centre Pompidou. Le Musée de l’Orangerie conserve également des documents et correspondances liés à l’artiste.
Une artiste à redécouvrir
La présence d’Yvonne Mottet dans les collections publiques témoigne de la place qu’elle occupe dans l’histoire de la peinture française du XXe siècle. Son œuvre offre aujourd’hui aux collectionneurs un regard particulièrement intéressant sur une période où la figuration se réinvente face aux grands bouleversements de l’art moderne.
Chez Yvonne Mottet, la force de la composition, la liberté de la couleur et la présence de la matière donnent à ses œuvres une personnalité qui dépasse leur contexte historique. Redécouvrir son travail, c’est ainsi porter un regard nouveau sur une artiste dont l’œuvre mérite de retrouver pleinement sa place dans les collections consacrées à la peinture moderne française.
Art d’Hier Œil d’Aujourd’hui souhaite contribuer à cette redécouverte en présentant ses œuvres aux côtés de celles d’autres artistes majeurs et singuliers de la peinture française des XIXe et XXe siècles.
